Régime sans gluten : pour qui est-il vraiment utile ?
Le sans-gluten est devenu un rayon entier des supermarchés. Pour environ une personne sur cent, c’est un traitement vital. Pour les autres, les preuves d’un bénéfice manquent.
Le régime sans gluten est le seul traitement de la maladie cœliaque, une maladie auto-immune qui touche environ 1 % de la population, souvent sans être diagnostiquée. Il est aussi indiqué en cas d’allergie au blé et peut soulager certaines personnes souffrant de sensibilité au gluten non cœliaque. Chez les autres, aucun bénéfice n’est démontré, et les produits sans gluten sont souvent plus sucrés, plus gras, moins riches en fibres et plus chers. Surtout : ne supprimez pas le gluten avant d’avoir été testé, sinon le diagnostic devient impossible.
Le gluten, de quoi s’agit-il ?
Le gluten est un ensemble de protéines présentes dans le blé (y compris l’épeautre et le kamut), l’orge et le seigle. Il donne son élasticité à la pâte à pain. On le retrouve dans le pain, les pâtes, la semoule, le boulgour, les biscuits, mais aussi dans de nombreux produits transformés (sauces, charcuteries, plats préparés, bière).
Sans gluten par nature : riz, maïs, sarrasin, quinoa, millet, sorgho, pommes de terre, légumineuses, ainsi que les viandes, poissons, œufs, laitages nature, fruits et légumes.
Trois situations différentes
| Situation | Ce qui se passe | Diagnostic | Régime |
|---|---|---|---|
| Maladie cœliaque | réaction auto-immune qui abîme l’intestin grêle | prise de sang (anticorps) puis biopsie | sans gluten strict, à vie |
| Allergie au blé | réaction allergique, parfois grave | allergologue | éviction du blé |
| Sensibilité au gluten non cœliaque | symptômes digestifs ou généraux sans lésion ni allergie | par exclusion des deux autres | éviction plus souple, à évaluer |
La maladie cœliaque
Selon une méta-analyse mondiale de 2018, elle touche environ 1 % de la population quand on la recherche par dosage d’anticorps, mais la majorité des cas ne sont pas diagnostiqués. Non traitée, elle expose à l’anémie, à l’ostéoporose, à l’infertilité, et à long terme à certains lymphomes de l’intestin.
Le diagnostic repose sur le dosage des anticorps anti-transglutaminase dans le sang, puis, chez l’adulte, sur une biopsie de l’intestin lors d’une endoscopie. Ces examens ne sont fiables que si l’on mange encore du gluten : arrêter avant fausse les résultats et oblige à une réintroduction parfois pénible.
Le traitement est un régime sans gluten strict et définitif : même de petites quantités entretiennent les lésions. Un suivi diététique est recommandé au début.
La sensibilité au gluten non cœliaque
Certaines personnes ressentent des ballonnements, des douleurs ou de la fatigue en mangeant du blé, sans maladie cœliaque ni allergie. Le rôle du gluten lui-même est discuté : dans un essai norvégien publié en 2018, des personnes qui se disaient sensibles au gluten réagissaient en réalité aux fructanes (des sucres fermentescibles de la famille des FODMAP présents dans le blé, mais aussi dans l’oignon, l’ail ou certains fruits), et pas au gluten. Pour ces personnes, un régime pauvre en FODMAP, encadré par un diététicien, est souvent plus pertinent qu’un sans-gluten à vie.
Sans indication médicale : pas de bénéfice
Une étude de cohorte américaine publiée dans le BMJ en 2017, portant sur plus de 100 000 personnes non cœliaques, n’a trouvé aucun lien entre la consommation de gluten et le risque de maladie coronarienne. Les auteurs mettaient au contraire en garde : réduire le gluten conduit souvent à réduire les céréales complètes, dont les bénéfices sont bien établis. Voir notre guide sur les fibres.
Les pièges des produits sans gluten
Pour retrouver la texture du blé, les fabricants utilisent des amidons raffinés, du sucre, des graisses et des additifs. Résultat : beaucoup de pains et biscuits sans gluten sont moins riches en fibres et en protéines, plus riches en sucres ou en graisses, souvent ultra-transformés, et deux à trois fois plus chers.
Pour une personne cœliaque, mieux vaut construire l’alimentation sur des aliments naturellement sans gluten (riz complet, sarrasin, quinoa, millet, légumineuses, pommes de terre) que sur des produits de substitution.
Lire les étiquettes
Le blé, l’orge, le seigle et l’avoine font partie des allergènes à signaler en gras dans la liste des ingrédients. La mention « sans gluten » garantit moins de 20 mg de gluten par kilo. Méfiez-vous des mentions « peut contenir des traces de blé », qui signalent un risque de contamination. Voir notre méthode pour lire une étiquette.
Questions fréquentes
Quels symptômes doivent faire penser à une maladie cœliaque ?
Diarrhée chronique, ballonnements, amaigrissement, fatigue, anémie par manque de fer, aphtes répétés, ostéoporose précoce, retard de croissance chez l’enfant. Mais beaucoup de formes sont discrètes, voire sans symptôme digestif.
Le pain au levain ou l’épeautre conviennent-ils aux cœliaques ?
Non. L’épeautre, le kamut, l’orge et le seigle contiennent du gluten, et la fermentation au levain ne l’élimine pas suffisamment. L’avoine pure, garantie sans contamination, est en général tolérée, mais à introduire avec l’équipe médicale.
Que signifie la mention « sans gluten » ?
La réglementation européenne la réserve aux produits contenant moins de 20 mg de gluten par kilo. Le logo de l’épi barré, géré en France par l’AFDIAG, signale aussi des produits contrôlés.
Le régime sans gluten fait-il maigrir ?
Non, pas en soi. Les personnes qui maigrissent en le commençant ont souvent surtout réduit les produits transformés et les pâtisseries. Les produits sans gluten industriels ne sont pas moins caloriques.
Sources
- Haute Autorité de santé, Recherche d’anticorps dans la maladie cœliaque et parcours diagnostique, 2007.
- Lebwohl B. et al., Long term gluten consumption in adults without celiac disease and risk of coronary heart disease: prospective cohort study, BMJ, 2017.
- Skodje G. I. et al., Fructan, rather than gluten, induces symptoms in patients with self-reported non-celiac gluten sensitivity, Gastroenterology, 2018.
- Règlement d’exécution (UE) n° 828/2014 relatif aux informations sur l’absence ou la présence réduite de gluten.
- Singh P. et al., Global prevalence of celiac disease: systematic review and meta-analysis, Clinical Gastroenterology and Hepatology, 2018.
Cet article informe sur la nutrition en général. Il ne remplace pas une consultation : en cas de maladie, de traitement, de grossesse ou pour un enfant, demandez l'avis d'un médecin, d'un pharmacien ou d'un diététicien.