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Preuves modérées

Aliments ultra-transformés : les reconnaître et en manger moins

Le mot est partout, la définition beaucoup moins. Ce n’est pas le degré de cuisson ou d’emballage qui compte, mais ce qu’il y a dans la liste des ingrédients.

Par la rédaction d’Assiette JusteMis à jour le 3 min de lecture
Viande panée et frites dans une barquette jetable
Photo : Meelan Bawjee sur Unsplash
L’essentiel

Un aliment ultra-transformé (groupe 4 de la classification NOVA) est une formulation industrielle qui contient des ingrédients qu’on n’utilise pas en cuisine : arômes, émulsifiants, édulcorants, amidons modifiés, sirop de glucose-fructose… Leur forte consommation est associée à plus d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de décès. Le repère le plus simple : une liste d’ingrédients courte et compréhensible.

La classification NOVA en quatre groupes

Proposée par l’équipe du chercheur brésilien Carlos Monteiro, la classification NOVA range les aliments selon leur degré de transformation, pas selon leur composition nutritionnelle.

GroupeDéfinitionExemples
1. Bruts ou peu transformésaliments naturels, éventuellement lavés, congelés, séchés, pasteurisésfruits, légumes, œufs, lait, riz, lentilles, viande fraîche
2. Ingrédients culinairesextraits d’aliments du groupe 1 pour cuisinerhuile, beurre, sucre, sel, farine
3. Transformésgroupe 1 + ingrédients du groupe 2pain de boulangerie, fromage, conserves de légumes, jambon simple
4. Ultra-transformésformulations industrielles avec des substances rarement utilisées en cuisinesodas, biscuits, céréales du petit-déjeuner, nuggets, plats préparés à longue liste

La frontière entre les groupes 3 et 4 n’est pas toujours nette, et c’est l’une des critiques adressées à NOVA. En pratique, les marqueurs du groupe 4 sont les additifs dits cosmétiques (arômes, colorants, émulsifiants, exhausteurs de goût, édulcorants) et les ingrédients industriels (isolats de protéines, sirops de glucose, amidons modifiés, huiles hydrogénées).

Ce que montrent les études

Un essai contrôlé marquant. En 2019, le chercheur Kevin Hall a enfermé une vingtaine de volontaires deux semaines au centre de recherche des NIH avec un régime ultra-transformé, puis deux semaines avec un régime peu transformé, à nutriments équivalents et à volonté. Sous régime ultra-transformé, les participants ont mangé environ 500 kcal de plus par jour et pris près d’un kilo, contre une perte de poids équivalente avec le régime brut. C’est la preuve la plus directe qu’il existe un effet propre à l’ultra-transformation sur la quantité mangée.

De très nombreuses cohortes. En 2024, une revue parapluie publiée dans le BMJ a rassemblé 45 méta-analyses portant sur près de 10 millions de personnes. Les associations les plus solides concernaient la mortalité cardiovasculaire, le diabète de type 2 et les troubles anxieux et dépressifs. En France, la cohorte NutriNet-Santé a aussi trouvé plus de maladies cardiovasculaires chez les plus gros consommateurs.

Les limites. Les cohortes ne prouvent pas la causalité, et les grands consommateurs d’ultra-transformés ont souvent d’autres habitudes défavorables. Les mécanismes exacts (texture qui fait manger plus vite, densité énergétique, additifs, emballages) restent discutés. D’où notre niveau de preuve « modéré ».

Les repérer en rayon : trois questions

  1. La liste d’ingrédients est-elle longue ? Au-delà de cinq à dix ingrédients, méfiance.
  2. Contient-elle des mots qu’on n’a pas dans sa cuisine ? Sirop de glucose, dextrose, protéines de lait, amidon modifié, arômes, E471, carraghénanes, sucralose…
  3. Le produit imite-t-il un aliment ? Céréales « au miel », boisson « saveur fruits », dessert « goût vanille » : souvent un signe.

Les applications de scan donnent une indication, mais la liste d’ingrédients reste la source la plus fiable.

Par quoi les remplacer

  • Céréales du petit-déjeuner → flocons d’avoine nature, fruit, yaourt.
  • Soda ou thé glacé → eau pétillante, citron, infusion froide.
  • Biscuits en collation → fruit, poignée d’amandes, pain et fromage.
  • Plat préparé → une base préparée à l’avance (légumes rôtis, légumineuses, céréales cuites) assemblée en cinq minutes.

L’objectif n’est pas le zéro absolu : c’est de faire des produits bruts et transformés simples la base, et des ultra-transformés l’exception. Le batch cooking est le moyen le plus efficace d’y arriver en semaine.

Questions fréquentes

Un plat préparé est-il forcément ultra-transformé ?

Non. Des légumes surgelés, une conserve de pois chiches ou une soupe dont la liste ne contient que des ingrédients de cuisine sont transformés, pas ultra-transformés.

Le Nutri-Score tient-il compte de l’ultra-transformation ?

Non. Le Nutri-Score évalue la composition nutritionnelle (sucre, sel, graisses saturées, fibres…), pas le degré de transformation. Les deux informations sont complémentaires.

Le pain de mie est-il ultra-transformé ?

Souvent, oui, quand il contient émulsifiants, sucre et conservateurs. Un pain de boulangerie farine, eau, sel, levure ne l’est pas.

Sources

  1. Monteiro C. A. et al., Ultra-processed foods: what they are and how to identify them, Public Health Nutrition, 2019.
  2. Hall K. D. et al., Ultra-processed diets cause excess calorie intake and weight gain, Cell Metabolism, 2019.
  3. Lane M. M. et al., Ultra-processed food exposure and adverse health outcomes: umbrella review, BMJ, 2024.
  4. Srour B. et al., Ultra-processed food intake and risk of cardiovascular disease: NutriNet-Santé, BMJ, 2019.

Cet article informe sur la nutrition en général. Il ne remplace pas une consultation : en cas de maladie, de traitement, de grossesse ou pour un enfant, demandez l'avis d'un médecin, d'un pharmacien ou d'un diététicien.