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Preuves modérées

Régime pauvre en FODMAP : pour le syndrome de l’intestin irritable

Ballonnements, douleurs, transit capricieux : le syndrome de l’intestin irritable gâche le quotidien de nombreuses personnes. Une approche alimentaire a fait ses preuves, à condition de la suivre correctement.

Par la rédaction d’Assiette JusteMis à jour le 4 min de lecture
Têtes d'ail blanc sur une table en bois
Photo : Margaret Jaszowska sur Unsplash
L’essentiel

Les FODMAP sont des sucres fermentescibles mal absorbés par l’intestin grêle : fructanes (blé, oignon, ail), galacto-oligosaccharides (légumineuses), lactose, fructose en excès (pomme, poire, miel) et polyols (champignons, fruits à noyau, édulcorants en -ol). Dans le syndrome de l’intestin irritable, un régime pauvre en FODMAP soulage environ la moitié à trois quarts des patients selon les essais. Il se déroule en trois phases : éviction de 2 à 6 semaines, réintroduction progressive, puis alimentation personnalisée. Il n’est pas fait pour être suivi strictement à vie, et idéalement encadré par un diététicien.

Le syndrome de l’intestin irritable

Le syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi appelé colopathie fonctionnelle, associe des douleurs abdominales récurrentes à des troubles du transit (diarrhée, constipation ou alternance des deux), souvent avec des ballonnements. Il toucherait environ 5 % des adultes en France, plus souvent les femmes. Ce n’est pas une maladie grave, mais elle peut être très gênante.

Le diagnostic est posé par le médecin, qui élimine d’autres causes. Certains signes doivent faire consulter rapidement : sang dans les selles, amaigrissement, fièvre, anémie, symptômes apparus après 50 ans, réveils nocturnes par la douleur, ou antécédents familiaux de cancer colorectal, de maladie cœliaque ou de maladie inflammatoire de l’intestin.

Que sont les FODMAP ?

L’acronyme anglais signifie Fermentable Oligo-, Di-, Monosaccharides And Polyols. Ce sont des glucides à petites molécules qui, mal absorbés, arrivent dans le côlon où ils attirent l’eau et sont fermentés par les bactéries. Chez la plupart des gens, c’est sans conséquence. Chez les personnes atteintes de SII, dont l’intestin est plus sensible, cela provoque gaz, distension et douleurs.

FamilleExemples d’aliments richesAlternatives plus pauvres
Fructanesblé, seigle, oignon, ail, poireau, artichautriz, avoine, quinoa, épeautre au levain en petite quantité, ciboulette, partie verte des oignons nouveaux
GOSlentilles, pois chiches, haricotspetites portions de légumineuses en conserve rincées, tofu ferme
Lactoselait, fromage blanc, crèmelait sans lactose, fromages affinés, yaourts sans lactose
Fructose en excèspomme, poire, mangue, miel, sirop d’agavebanane, kiwi, agrumes, fraises, raisin
Polyolschampignons, chou-fleur, pêche, prune, cerise, édulcorants en -olcarotte, courgette, tomate, épinards, poivron

Ces listes sont indicatives : la teneur dépend aussi de la quantité consommée. L’université Monash, en Australie, qui a développé le régime, publie des tables détaillées par portion.

Les trois phases

  1. Éviction (2 à 6 semaines) : on remplace les aliments riches en FODMAP par des équivalents pauvres. Si les symptômes ne s’améliorent pas nettement, on arrête.
  2. Réintroduction (6 à 8 semaines) : on teste chaque famille l’une après l’autre, en augmentant les quantités sur quelques jours, pour identifier celles qui posent problème et à partir de quelle dose.
  3. Personnalisation : on réintroduit tout ce qui est bien toléré et on limite seulement les aliments et les quantités qui déclenchent des symptômes.

Cette dernière étape est essentielle : beaucoup de FODMAP sont des fibres prébiotiques qui nourrissent le microbiote, et un régime strict prolongé réduit la diversité des bactéries intestinales. Voir notre article sur les fibres.

Ce que montrent les études

L’essai de référence, publié dans Gastroenterology en 2014, a montré que les symptômes de patients atteints de SII diminuaient nettement avec un régime pauvre en FODMAP par rapport à une alimentation australienne typique. Une méta-analyse en réseau publiée dans Gut en 2022 classe le régime pauvre en FODMAP parmi les approches alimentaires les plus efficaces pour le SII, avec des preuves de qualité encore modérée, car il est difficile de faire des essais en aveugle sur l’alimentation. Les recommandations britanniques du NICE le proposent en seconde intention, sous la supervision d’un professionnel formé.

D’autres pistes

  • Des conseils de première intention : repas réguliers, manger lentement, limiter alcool, café, boissons gazeuses, aliments très gras et épicés si mal tolérés.
  • Le psyllium (fibre soluble) peut améliorer les symptômes, notamment en cas de constipation.
  • L’activité physique régulière et la gestion du stress, car l’axe intestin-cerveau joue un rôle important.
  • L’hypnothérapie centrée sur l’intestin et certaines thérapies cognitives ont montré des bénéfices.
  • Les probiotiques ont des effets variables selon les souches.
Les personnes ayant des antécédents de troubles du comportement alimentaire doivent éviter les régimes d’éviction sans un accompagnement spécialisé.

Questions fréquentes

Le régime FODMAP est-il un régime sans gluten ?

Non. Il limite le blé à cause de ses fructanes, pas de son gluten. Les personnes qui se croient sensibles au gluten réagissent souvent en réalité aux fructanes. Le régime sans gluten strict est réservé à la maladie cœliaque.

Peut-on suivre ce régime sans diagnostic ?

Mieux vaut avoir consulté avant. D’autres maladies peuvent donner des symptômes proches (maladie cœliaque, maladies inflammatoires de l’intestin, certains cancers), et la maladie cœliaque doit être recherchée avant de réduire le blé.

Les probiotiques peuvent-ils aider ?

Certaines souches ont montré un effet modeste sur les symptômes de l’intestin irritable, mais les résultats sont variables. Un essai de quelques semaines est possible, sur conseil d’un professionnel.

Combien de temps dure la phase d’éviction ?

En général de 2 à 6 semaines. Si les symptômes ne s’améliorent pas, il est inutile de prolonger : le régime ne vous convient probablement pas, et il faut en reparler avec le médecin.

Sources

  1. Halmos E. P. et al., A diet low in FODMAPs reduces symptoms of irritable bowel syndrome, Gastroenterology, 2014.
  2. Black C. J. et al., Efficacy of a low FODMAP diet in irritable bowel syndrome: systematic review and network meta-analysis, Gut, 2022.
  3. NICE, Irritable bowel syndrome in adults: diagnosis and management (CG61), mise à jour 2017.
  4. Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE), Syndrome de l’intestin irritable, fiche de recommandations.
  5. Monash University, The Monash University Low FODMAP Diet, ressources professionnelles.

Cet article informe sur la nutrition en général. Il ne remplace pas une consultation : en cas de maladie, de traitement, de grossesse ou pour un enfant, demandez l'avis d'un médecin, d'un pharmacien ou d'un diététicien.